Le pouvoir local

Décentralisation et développement urbain durable

Diop, Mamadou

Livrel (ePUB, HTML, Tatouage), 586p.
(Recherches africaines) - ISBN: 978-2-37015-559-7
La décentralisation est l'affaire du Siècle. Choix politique majeur, elle ne concerne pas seulement les Pouvoirs locaux à qui l'État a transféré des compétences mais, aussi, un ensemble de situations et de structures liées à la vie de la Société. Tous les secteurs d'activités se trouvent ainsi, impliqués. À la subordination contraignante, la décentralisation vise à substituer une répartition plus équilibrée, plus démocratique du pouvoir de décision et des responsabilités. En rapprochant le pouvoir appartenant aux citoyens de ceux dont la mission est de gérer les aspirations du peuple, la décentralisation fortifie les imaginations et renforce les initiatives, privilégiant, ainsi, l'efficacité au détriment d'une centralisation à la fois tatillonne et inefficace. Mais malgré son actualité, l'idée de décentralisation n'est pas nouvelle. L'histoire politique enseigne, en effet, qu'elle répond à une vieille revendication. Depuis la Révolution française de 1789 jusqu'à la fin du XIXème siècle, la décentralisation a été au centre de débats interminables, dans les Parlements, dans les milieux politiques, comme dans la presse. L'importance de la question était si évidente, qu'au début de la Troisième République (française), plusieurs journaux n'ont pas hésité à porter le titre « Décentralisation ». C'est ainsi, également, que le Comte de Luçay a pu publier, en 1895, un important ouvrage intitulé : « Décentralisation ». La décentralisation apparaît, aujourd'hui, comme un instrument d'orientation stratégique. Décentraliser n'est pas seulement mettre en place de nouveaux mécanismes institutionnels, mais c'est aussi, engager une démarche qui implique la recherche de1 modèles de managements plus participatifs. Il s'agit de libérer la créativité dans le but de réaliser des changements significatifs à tous les niveaux. Chacun devient acteur et auteur de son propre changement par l'amélioration de ces compétences organisationnelles et par son engagement personnel au service de la Communauté. Ainsi se construisent les bases d'une démocratie locale authentique, facteur déterminant dans le processus du développement urbain durable. L'idée de décentralisation fait donc son chemin. Elle est actuellement partagée un partout dans le monde. Elle s'est traduite dans de nombreux pays par une grande maîtrise dans l'articulation des rouages administratifs, économiques et financiers. La démocratie prudents mais résolue, empruntée dans beaucoup de cas, à permis de rapprocher le pouvoir des citoyens cherchant à privilégier l'efficacité au détriment d'une Administration tatillonne, sourcilleuse et envahissante. Il s'agit de marquer une nouvelle et décisive étape dans l'approfondissement de la démocratie locale. Le transfert effectif du pouvoir exécutif aux Élus locaux a, pour conséquence, de mettre fin à un mode de gestion administrative autoritaire et de modifier, profondément, le rôle et la place des Collectivités locales dans l'État. Il s'agit, en d'autres termes, de rendre responsable l'élu local en le plaçant au cour des problèmes de développement. Même s'il ne s'agit que d'une étape de plus dans la voie de la décentralisation, les réformes à entreprendre permettront de consolider l'émergence d'élites locales qui auront acquis plus de liberté et de responsabilité dans la prise en charge des Affaires locales. Plus qu'une simple transformation des institutions publiques locales, ce sera une véritable mutation des esprits, partant des comportements, qui s'imposera. Les Autorités locales pourront, ainsi, participer davantage à l'enracinement de la démocratie locale. C'est, à cette fin, seulement, que les Collectivités dont elles ont la charge pourront s'engager, de manière résolue, dans la voie du développement urbain durable. Concept stratégique et participatif, le développement urbain durable interpelle, au premier chef, les Autorités locales. Celles-ci ont pour missions fondamentales d'assurer le bien-être de leurs populations en prenant en charge le développement harmonieux de tous les secteurs d'activités locales (sécurité, éducation, culture, santé, loisirs, etc.). Elles pourront ainsi intégrer leurs projets à long et moyen terme dans le processus global. La stratégie pour un développement urbain durable impose la remise en cause des politiques publiques en vigueur jusqu'ici. Le large partenariat à instituer entre les différents acteurs urbains permet, en effet, de créer de nouvelles opportunités économiques et sociales pour améliorer les conditions de vie des populations. Il ne s'agit plus de considérer celles-ci comme de simples bénéficiaires d'aide et d'assistance de la part des pouvoirs publics locaux, mais, comme de véritables acteurs de leur propre développement. De ce point de vue, la satisfaction des besoins essentiels et l'amélioration de la qualité de la vie de toutes les couches sociales deviennent un enjeu prioritaire, un défi commun à relever par l'action de tous. Ainsi, la ville ne sera plus, comme l'imaginait Bourdieu, un réceptacle « de la misère du monde », mais un lieu de solidarité et de citoyenneté.

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